14 janvier 2007
“A LA RECHERCHE DU PASSE”
CONTRIBUTION/PATRIMOINE
“A LA RECHERCHE DU PASSE”
Par Ahmed Zir *
Découverte d’un hippopotame
fossilisé. (Le soir d'Algérie)
C’est déjà le soir.Hurlements, glapissements,barrissements couvrent l’immense savane.D’étranges oiseaux planent en silence dans le ciel, se préparant à se nicher. L’eau du lac s’éparpilla avec fracas, puis deux énormes hippopotames surgirent gueules ouvertes. Dans un mélange de cris, oiseaux, hyènes et chevaux sauvages s’enfuirent. L’un des mastodontes enfonça ses crocs puissants dans le cou de son rival, laissant une blessure béante d’où gicla le sang qui se mélangea à l’eau. Le combat continua avec fureur un moment puis cessa. L’hippopotame blessé à mort se hissa sur la berge en râlant. Le vainqueur se dirigea vers une femelle, probablement l’enjeu de cette bataille homérique. Un silence pesant enveloppa le lieu du combat. Un sifflement sec dans l’air. Une lance se ficha dans le cou de l’animal agonisant.
Le silex effilé du deuxième javelot s’enfonça profondément dans son œil. L’animal se cabra puis s’affaissa. Des hommes s’approchèrent et commencèrent le dépeçage de l’incroyable forme avec leurs outils de pierre. La nuit tomba sur le site de Aïn-Lehnech. Seul témoin, un peu plus loin, la masse sombre et solitaire de la montagne Bram, point de repère des hommes d’hier qui ont migré, probablement, vers l’Asie et l’Europe. 1,8 million d’années après. Juillet 2006, sous un soleil de plomb, le paléontologiste Sahnouni et ses étudiants
découvrent un hippopotame fossilisé. Des outils lithiques, témoins du passage des hommes, tout autour. La collecte est inestimable, une étape essentielle en attendant la découverte d’ossements humains. C’est un grand moment d’émotion pour les étudiants. Curieux et attentifs aux explications scientifiques del’archéologue Sahnouni, sur les étapes de l’invention de l’outil, son utilisation pour la chasse, la stratigraphie géologique, la collecte d’indices, les mœurs des lointains habitants de la région de Aïn- Lehnech, peut-être sanctuaire de la civilisation paléontologique. Il y avait abondance de bêtes (mastodontes, chacals, antilopes, rhinocéros…) et de plantes. Les hommes étaient rares. Courir, grimper, sauter, surveiller étaient leurs atouts pour survivre. C’était une savane traversée par les méandres de rivières alimentées par d’innombrables affluents, favorisant la formation d’étangs et une flore, principale nourriture d’une faune hétéroclite pour l’archéologue Sahnouni,chaque fouille à Aïn-Lehnech est un enjeu historique important, un sauvetage du patrimoine paléontologique de la région. Les strates de sédiments regorgent d’objets, d’os pétrifiés, d’informations utiles à l’élaboration de l’histoire d’une région, d’un continent… du monde. La science est utile, mais la passion, la persévérance et parfois le hasard sont les clefs de toute découverte archéologique.
A. Z.
* Cinéaste
Interview dépêche de Kabylie

Cecil B. demille
(dix commandements..)
''Le court métrage est le fondement d’un nouveau cinéma algérien''
C’est un grand passionné du court métrage. Depuis des années, Ahmed Zir
produit des images pleines d’émotion et de sens. C’est avec sa gentillesse
légendaire qu’il nous parle de sa vision du cinéma. La Dépêche de Kabylie : Comment es-tu venu au cinéma ?
Ahmed Zir : Je suis venu au monde du cinéma grâce au
film de Cecil B. De Mille, "Samson et
Dalila " avec Hedi Lamarr et Victor Mature. Fin des années 50, mon père l’avait
vu plusieurs fois et chaque soir il me racontait par le détail l’histoire de ce héros biblique et ça
stimulait énormément mon imagination fertile. Chaque semaine à l’école, à raison
de 20F de l’époque, on avait droit à
une série de courts-métrages de Charlot.
J’ai acheté mon premier billet pour une
place orchestre juste sous l’écran (j’ai vu " Samson et Dalila " en contre plongée, comme pour les autres films).Le
temps passe. Des films merveilleux aussi. La cinémathèque organise un festival du film amateur. J’achète
une caméra super 8 très simple et j’ai
mes deux premiers courts-métrages S 8. Commence ma petite aventure pleine de
rencontres et d’apprentissage. Quelle est ton appréciation du cinéma ? l Je crois que les années 70
ont été les années du plus beau cinéma. Des films riches en enseignements, des
acteurs et des réalisateurs formidables, Je cite au passage : "l’Epouvantail" de Jerry schatzberg, " El-perdido "
de Robert Aldrich, " Mort à Venise " de
Luchino Visconti, " Max et les ferrailleurs de Claude Sautet, sans oublier les
westerns spaghetti, les péplums pour le
plaisir. Je cite encore : "El-chuncho " avec un acteur hors pair Gian Maria
Volonte. Le cinéma italien m’avait donné
une grande joie sans oublier les autres cinématographies : la poésie des films
du hongrois Jancso, Robert Redford dans l’écologique "Jeremiah johnson " de
Sydney pollack, l’excellent Richard Harris dans l’ethnologique " Un homme nommé
cheval ". Ce n’était pas encore l’époque du tout virtuel et des effets spéciaux
excessifs, tueurs d’émotion. Comment vois-tu le court métrage ? l J’ai vu des courts-métrages
originaux en s8 comme "Les pas " et "La rouille" d’un cinéaste de Annaba, Amar
Saifi et bien d’autres. Le cinéma algérien recèle beaucoup de courts métrages faits à l’époque où il y
avait une politique de production. Il
faut les revoir et les montrer aux jeunes générations, c’est notre patrimoine .Je me souviens des
beaux courts métrages de Rabah Laradji "Massinissa" et " Nasr Eddine Dinet ",
ceux inventifs de Brahim Tsaki. Aujourd’hui plus qu’hier, il faut produire des "images made in Algéria "
Pour s’imposer dans un monde où l’image prime. Le court métrage est plus que
jamais le fondement d’un nouveau cinéma algérien. Quel est l’avenir du cinéma algérien ? l Le coup de grâce au cinéma
Algérien a été orchestré, car détruire est un acte volontaire. Fermer des
salles, dissoudre les organismes de cinéma, cesser de publier des revues de cinéma (Les deux
écrans ) sont les étapes de la mort annoncée du cinéma algérien qui avait bien
démarré avec des films de bonne facture. C’était l’époque héroïque avec des
titres : "Le vent des Aurès", de M.L.Hamina , " les Hors-la-loi " de Tewfik Fares " Noua " de A .Tolbi…Sans oublier les
coproductions : "l’Etranger" de Visconti. Pour le moment le film algérien est
une rareté. Quels sont tes projets artistiques ? l Je continue à monter des
films en super 8, en attendant un moyen-métrage avec JP Lieddo avec qui j’ai eu
la chance de participer (ma mère aussi) à son dernier film " Ne restent dans
l’oued que ses galets " comme personnage
principal. Une expérience et la découverte d’un ami : JP Liedo. Propos recueillis par Farid Ait
Mansour
Ahmed Zir

